Une légende est née à Villers-perwin…

 

Le registre des naissances de la maison communale de Villers-Perwin note, avec la solennité classique des actes non retranscrite ici, que, l'an mil neuf cent vingt et un, le vingt-deux du mois de mars à cinq heures du soir, Grumiaux Jean-Baptiste, Armand, 26 ans, annonce la naissance ce 21 mars, à deux heures du matin, d'un fils né en cette commune de lui et de Fichefet Marie-Ghislaine, son épouse. Il lui a donné les prénoms de Arthur-Alix-Ghislain.

 

01 Grand-parents  
Les parents d'Arthur Grumiaux. Son père, Jean-Baptiste Grumiaux est natif de Villers-Perwin ; sa mère, Marie Ghislaine Fichefet vient, elle, de Fleurus. 
Le mari travaille aux Etablissements Dumont de Chassart. Lors de la 1ière guerre mondiale, il est mobilisé et restera sous les drapeaux de 1916 à 1918. 
Après la guerre, le couple sera contraint de travailler tous deux : c'est ainsi que le petit Arthur sera confié à sa grand-mère maternelle. Il séjournera chez ses grands-parents jusqu'à sa majorité (21 ans à l'époque). Après quoi il s'installera à Bruxelles où il commencera à seconder son maître Alfred Dubois au Conservatoire Royal.
 
 
 
 
 
 
Arthur Grumiaux
à l'âge de 3 ans
avec sa maman
 

Les récits d’admirateurs ou d’admiratrices de ses premières manifestations d’un don musical ont tendance à « mythiser » Grumiaux dès son enfance. Il racontait lui-même "sa légende" non sans une petite pointe de fierté, dans une émission télévisée : "Présence d'Arthur Grumiaux", réalisée en 1972 par Jacques Gossens et Jean Germain.


"Je n'avais pas cinq ans, mon grand-père maternel donnait des leçons privées; et lorsqu'un jeune élève violoniste venait pour sa leçon, je m'arrangeais pour entrer derrière lui dans la pièce en catimini. Je me cachais sous l'escalier et j'avais trouvé deux bâtons à peu près d'égale longueur et je faisais comme tous les enfants peuvent faire, je faisais le geste de jouer du violon. Mais mon grand-père avait remarqué que, si c'était une ronde, je le gardais plus longtemps, une noire, j'allais plus vite, une double croche, encore plus vite, etc... Alors, il a pensé que j'avais un certain sens du rythme. Il a décidé de m'apprendre les notes. Je ne savais pas encore lire, bien sûr. Trois semaines plus tard, j'étais dans la cour de la maison, assis par terre, et les cloches de l'église sonnaient. Je dis à mon grand-père : "Est-ce que tu pourrais dire le nom des notes de ces cloches ?" - "Non, dit-il, et toi ?" - "Moi, oui, bien sûr!". Il est allé au piano, a joué les notes que j'avais dites et c'était exact. C'est de là qu'est venue l'idée de me faire apprendre le violon, puisque j'avais l'oreille absolue".
 

Le grand-père commença à donner des leçons à son petit-fils. Au bout de deux ans, l'enfant jouait si bien que l'on céda à la tentation de lui faire donner de petits concerts. Le violoniste jouait debout sur la table d'un estaminet. Grumiaux lui-même a gardé un souvenir précis du premier vrai concert qu'il donna dans un cinéma de Fleurus. Il le raconte en 1962 dans une interview de Guy Mertens, parue dans le "Pourquoi Pas ?" du 12 octobre 1962 :  

- Votre premier récital ?
- C'est un grand mot ! Disons une exhibition, à cinq ans et demi, dans un cinéma de Fleurus, entre deux séances. Au dernier morceau, j'ai dit au public : "Si on ne se lève pas, je ne continue pas !".
- Bigre !
- Oh, ce n'était pas fatuité de ma part : je jouais la Brabançonne...
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  Arthur Grumiaux lors de son premier concert à Fleurus, l'enfant a alors cinq ans et demi. La sœur de sa mère, Madame Ida Fichefet qui était sa marraine, accompagnait l'enfant lors de ces premiers concerts. Par la suite, c'est le pianiste Léon Degraux qui sera son accompagnateur

  

Il entra au Conservatoire de Charleroi à l’âge de 5 ans et donna, entre 1926 et 1932, une bonne vingtaine de concerts. Il se produisit dans plusieurs petites villes de Wallonie. Un peu après neuf ans, il alla aussi en Flandre, à Louvain, en 1930 où il joua du violon mais aussi du piano. Grumiaux a travaillé au Conservatoire de Charleroi jusqu'à onze ans, en 1932. Il en sortit couvert de toutes les médailles possibles. Revenu à Fleurus après la distribution des prix, il est attendu par la petite ville avec grand enthousiasme et conduit à la place de l'église, où il est accueilli avec fanfare et discours...
Personne ne songeait à mettre en doute qu'il fallait l'envoyer au Conservatoire de Bruxelles.